Les ressources minières de l’Algérie sont aujourd’hui perçues comme sources de corruption et de détournement d’argent que suscite leur exploitation. Il y a tout aussi grave, toujours liées à ces exploitations, la pollution.
L’Algérie constitue depuis les romains, les vandales, les carthaginois, et d’autres peuples venus de toutes parts l’illustration par excellence de la « malédiction des ressources ». On estime que les flux financiers illicites, au moyen de pratiques comme la corruption ou le blanchiment d’argent, en passant par le détournement, feraient perdre au trésor public des dizaines de milliards de dollars chaque année. Malgré les revenus des ressources naturelles qui alimentent le PIB de notre pays, la croissance ne se traduit pas en développement, en raison des politiques prédatrices orchestrées par les ressources « humaines » à la tête des industries extractives.
Or, pour chaque once d’or extraite, on crée plus de 78 tonnes de déchets miniers.
Comme l’argent ou le cuivre, l’or se trouve dans des roches contenant des minerais sulfurés, lesquels dégagent de l’acide sulfurique lorsqu’ils sont broyés et exposés à l’air et à l’eau. Cette eau acide dissout d’autres métaux toxiques dont recèle le minerai, comme le mercure, le plomb, le cadmium, et l’oxyde de plomb. S’il n’est pas contenu, le drainage minier acide (DMA) – un processus qui continue aussi longtemps que les minerais sulfurés des déchets miniers, des carrières et des résidus interagissent avec l’eau et l’air – dégage des toxines dans l’écosystème qui détruisent toute trace de vie dans leur sillage.
Ce problème est venu occuper le devant de la scène depuis 2007, et cela avec l’ouverture de la mine à ciel ouvert de Amesmassa dans la wilaya de Tamanrasset, lorsqu’un bassin de décantation de résidus miniers lié à la mine de Tirek/Amesmassa, propriété de la société Enor, l’entreprise d’exploitation des mines d’or en Algérie, entraînera, et chose quasiment certaine une fuite de DMA , sur le sol et s’infiltrera dans le sous-sol pour rejoindre dans un temps record la nappe phréatique. Quelque 90% de la production d’or est basée dans la « ceinture de l’or » qui entoure la nappe de Tanezrouft.
Bien que le gouvernement ait interdit d’utiliser des produits toxiques et des lois ont été mis en place pour orchestrer les manipulations de ces produits, Au cours de la décennie qui vient de s’écouler, l’Algérie a perdu des centaines de millions de dollars de revenus issus de l’or, du fait de l’évasion fiscale et de royalties trop bas, ou complètement inexistantes. Les contrats relatifs à l’exploitation des mines d’or signés par l’Algérie pendant le règne de l’ex ministre de l’énergie et des mines Mr Chakib Khallil, contenant le détail des prescriptions financières et environnementales, n’ont pas été portés à la connaissance du parlement ou tout autre élu du peuple et cela depuis depuis 2002 : c’est un secret d’Etat, comme une arme de destruction massive.
Une autre de ces armes, spécifique à l’exploitation de l’or, est le cyanure, un réactif vital utilisé pour extraire l’or du minerai, dans le cadre d’un processus chimique qui divise celui-ci en composés toxiques et libère des métaux mortels comme le mercure.
La mine à ciel ouvert de Amesmassa, dans la Wilaya de Tamanrasset, qui utilise la technique consistant à déverser du cyanure sur des amas de minerai pour dissoudre l’or. La dépollution de l’eau devra se poursuivre durant des centaines d’années, probablement pour toujours. Bien que le cyanure soit largement utilisé par l’industrie, ses risques ont encouragé plusieurs pays à travers la planète à en interdire l’usage dans les mines à ciel ouvert, tandis que les parlementaires européens ont adopté une résolution visant l’interdiction du cyanure à l’échelle de toute l’Union européenne d’ici la fin 2011. Ce vote a été provoqué par des accidents comme la fuite de cyanure qu’a connu la Roumanie en 2000, lorsque 130 000 mètres cubes d’eau toxique se sont écoulés sur une distance de 150 kilomètres dans le bassin fluvial Tisza-Danube.
Mais 70% de l’or du monde est extrait dans des nations en développement comme l’Algérie, le Mali, ou le Burkina fasso. Ces pays sont-ils en position, individuellement ou collectivement, de fixer des standards dans ce domaine ? L’objectif devrait sans doute être d’obtenir un haut niveau de récupération du cyanure utilisé, de meilleures concentrations pour le cyanure qui n’est pas récupéré, une réglementation drastique des bassins de décantage miniers et des standards plus élevés de traitement des effluents à l’aide de technologies existantes dont l’efficacité est avérée.
À l’heure actuelle, les entreprises adhèrent toutes aux standards volontaires du Code international relatif à la gestion du cyanure. Mais ce code laisse largement de côté un aspect crucial de la question : qu’advient-il après la fermeture des mines ?
Le gouvernement algérien, va assumer la responsabilité de nettoyer et dépolluer les sites affectés par les activités minières, sites qualifiés de très toxiques par les instances de sécuritaires internationales. Et l’opération dont le temps n’est jamais déterminé d’avance, coutera plusieurs dizaines de millions de dollars. Alors que le résultat est certainement incertains.
Le département de l’environnement en Algérie, le moins qu’en puisse dire, c’est qu’il est très faible, pour ne pas dire complètement défaillant.. Les outils de contrôles sont rarement mis en œuvre. Les dispositions relatives au secteur minier sont si faibles qu’elles ne dissuadent pas les pollueurs de Gma resources et Enor. L’identification et le suivi des risques environnementaux résultant des activités minières sont souvent inadéquats. »
Mais bien que l’héritage qu’ils vont laissés derrière eux, par l’or sale ne soit pas sans remède, l’externalisation des coûts qu’il représente demeure absent de la perception publique de leur impact. De fait, ce sont l’environnement, les communautés – et des joyaux naturels comme le parc du Ahaggar.
Un bassin béant de résidus, principalement des déchets miniers, s’étendant sur des dizaines de kilomètres carrés, à quoi s’ajoutent 6 milliards de tonnes de de résidu miniers contaminé au cyanure « l’une des matières qui, quand elle est exposée à l’air et à l’eau, produit de l’eau minière hautement toxique ».
« S’attaquer au problème du drainage minier empoisonné coûtera cher, mais aussi longtemps que Gma resources et certains cadres de Enor continueront à engranger des millions de dollars (légalement et illégalement) de profit chaque année, comment quiconque peut-il prétendre que ‘nous’ n’avons pas les moyens d’apporter une solution ? Le principe selon lequel les pollueurs miniers d’aujourd’hui devraient êtres tenues pour responsables des problèmes engendrés et doivent purifié les lieux avant la fermeture des mines, Des cautions de garantie doivent être déposées dans des banques algériennes pour la remise en l’état des lieux..
De manière ironique, le coût de la dépollution, qui est encore loin d’être engagée, est comparable à celui des nouveaux projets d’exploitation d’autres mines d’or à ciel ouvert à Tirek-Amesmassa-Zita. Alors que, l’extraction de l’eau du bassin de captage déjà sérieusement affectés.
La région de Tamanrasset représente une grande superficie du territoire algérien. Plus de 98% de cette région est classé comme aride ou semi-aride. Ne recevant que 40 mm d’eau par an. Cette région est considérée par les scientifiques comme l’une des parties du globe les plus sujettes à la rareté de l’eau. Plus de 80% des précipitations sont perdues du fait de l’évaporation au niveau du Hoggar dans son ensemble, le périmètre le plus sec de tous avec un débit moyen annuel très limité. Pour la région de Amesmassa, ce chiffre se porterait à plus de 90%, ce qui signifie que moins de 10% des pluies se retrouvent dans la nappe souterraine.
Le gouvernement algérien, certainement n’a pas pris en compte la réduction supplémentaire des ressources en eau disponibles du fait de la pollution, en plus du réchauffement climatique. On sait que les ressources en eau sont d’ores et déjà presque entièrement allouées, un fait commun à toutes les régions du pays qui souffrent déjà d’une rareté de l’eau. Mais à Amesmassa comme ailleurs, les écosystèmes ont également un droit à l’eau, et les ressources en eau contaminées par le DMA impactent l’environnement et l’économie (notamment l’agriculture, et l’élevage), sans parler des conséquences désastreuses pour le deuxième secteur le plus important en termes de proportion d’eau utilisée : la consommation domestique.
Mais il semble que Gma resources cherchent à obtenir des « certificats de clôture » (qui l’exonèrent de toute responsabilité écologique) a trouvé une fausse solution : qui lui permettra d’obtenir à la fois des certificats de clôture contre la distribution d’eau gratuitement aux habitants nomades de la région, tout le long de la conduite qui rallie Tanezrouft et Amesmassa, sur un trajet de plusieurs kilomètres.
Non seulement Gma resources échappe aux réquisits légaux minimaux du principe « pollueur payeur », mais même s’en tirera avec de nouveaux profits. Le partenariat entre Gma resources et Enor, permet de s’octroyer d’autres activités et autres zones tel que Zita, sans processus d’appel d’offres, ainsi que de bénéficier d’un « traitement » exclusif qui est décrit comme « l’option de moindre coût » via une procédure entachée de secret, qui autorise Enor/Gma resources à intervenir à la fois en tant que géologue et en tant que mineur.
Les propositions avancées d’intervenir avec des solutions technologiques internes ont apparemment été écartées, Personne ne comprends pas bien pourquoi cette société minière est autorisée à polluer tout en réalisant des profits énormes, alors qu’on s’attend apparemment à ce que les entreprises publiques algériennes qui veulent nettoyer le fassent sans réaliser de gains. La perplexité c’est au fait que le ministère de l’énergie et des mines n’ait pas profité de ces circonstances pour créer une entreprise publique qui aurait pu potentiellement générer des revenus et qui auraient la tâche de purifier la région polluées..
Dans le même temps, la loi sur la gestion des produits toxiques et dangereux a été fortement influencée par les utilisateurs de ces produits, qui assuraient que bien qu’elle « respecterait les directives … certains aspects de celles-ci sont impossibles à atteindre, et à l’impossible nul n’est tenu. Donc travaillé de très près avec les deux ministères : environnement et mines, pour rendre la loi et la régulation relatives à la protection de l’environnement soit possible à atteindre. La mansuétude dont faisait preuve les responsables de l’application de cette loi, était comparable à une augmentation de la vitesse limite à 250 km/heures pour éviter que les fonceurs ne fassent d’excès de vitesse.
K.Adila / le 23 juin 2011